Pom Pom Girl

C’était il y a un an et demi. A la sortie d’une réunion, je discutais avec une collègue de la rédaction d’un amendement à la loi NOTR relatif au périmètre des dérogations applicables au relèvement du seuil minimal de population nécessaire pour constituer une intercommunalité quand un Sénateur arrive derrière nous et nous sort « alors les petites garces, vous nous faites un spectacle de pom pom girl ? ». Le décalage était total. La réplique avait fusé « il y a Internet pour ça ». Je m’étais ensuite sentie très très mal d’avoir osé dire ça à un ancien ministre, mais c’était parti des tripes, sorti tout seul et il n’y a eu aucune conséquence.

Sénat

« Elle est mignonne ta collab »

Accompagner sa patronne qui dit « bonjour » à un député dans les couloirs, c’est toujours chose risquée. Plus d’une fois, elle me présente comme sa collaboratrice. Une personne normale dirait « enchanté », les lourds disent « Oh bah quelle charmante compagnie! Elle est vraiment mignonne ta collab ! ». Ça, des dizaines de fois…

Au début, on se tait, on pince les lèvres, parce qu’on sait qu’on va exploser et sortir un « quand on est vieux, gros, chauve et laid, on évite de faire des remarques de ce type ».

J’ai fini une fois par répondre : « j’ai surtout un enoooooorme cerveau bien rempli ». Remarque qui a évidemment mis un gros blanc.

Assemblée nationale

J’ai les outils pour te calmer

nerveuse

En campagne pour les départementales (titulaire) lors d’un repas avec l’équipe, alors que j’étais un peu préoccupée et jouais avec ma cuillère, un élu présent m’a lancé, devant tout le monde: « Nerveuse ? J’ai les outils pour te calmer… »

J’avais répondu que j’avais ce qu’il fallait à la maison… Je n’avais trouvé mieux alors.

Au resto dans une ville (moyenne) du Sud Ouest

Femme Fatale

Au détour d’une conversation, j’informe un autre collaborateur que j’ai rencontré la compagne de mon collègue. Il me dit “Et alors qu’est ce qu’elle t’a dit ? Elle n’était pas jalouse vu que vous passez énormément de temps ensemble ?” Puis il s’arrête, me regarde de haut en bas et ajoute “Ouais d’un autre coté tu n’as rien d’une femme fatale quoi !”

L’effet Baupin

Lendemain de l’affaire Baupin, ambiance un peu particulière à l’Assemblée, vague d’espoir: les choses vont devoir changer désormais, c’est obligé.

Rendez-vous à midi pour déjeuner entre collègues, l’espoir retombe : comme d’habitude, tout le monde se fait la bise pour se dire bonjour, comme d’habitude ce collègue met la main sur mon épaule au moment de la bise, mais ce jour là, il retire sa main comme s’il s’était brûlé et ajoute en riant “Oups ! J’ai le droit de faire ça ou c’est une agression sexuelle?”. Tout le monde rigole, moi y compris. Oui c’était drôle, mais au fond de moi je me dis: j’espère que tout le monde voit où sont les limites, que tout le monde sait ce qu’ “agression sexuelle” veut dire. Je n’en suis pas sûre.

Assemblée nationale, rez-de-chaussée du 101 rue de l’Université  

Chair Fraîche

Un midi, dans l’ascenseur avec des collègues. Un député entre. Il me déshabille du regard 15 fois… une avalanche de coups d’œil salaces pendant les cinq étages qui restent à descendre. Je baisse les yeux, je me sens hyper mal, je ne sais plus où me mettre, où poser mon propre regard.

Arrivée en bas, un de mes collègues commente “ah bah dis donc, tu as plu au monsieur », oui apparemment pour certains, je ne suis que de la chair fraîche.”

Assemblée nationale, ascenseur du 101 rue de l’Université

« Mes petites filles »

C’était hier dans l’ascenseur à l’Assemblée nationale. Je suis avec ma collègue. Un député entre. En guise de bonjour il nous lance un « mes petites filles » et un regard lourd.

Sa place dans l’ascenseur se fait oppressante, inévitable.

Gros blanc. Regard interrogateur, envie de lui mettre mon poing dans la gueule. Mais zéro réaction. Je suis juste scotchée.

Voilà ce que c’est le quotidien. Aussi simple que ça. Être toujours remise à sa place, se voir toujours rappeler l’infériorité,  l’inégalité.

Et s’en vouloir de ne pas avoir répondu, de ne pas avoir eu la bonne petite réplique qui permettrait de sortir de l’ascenseur la tête haute.

Assemblée nationale, ascenseur du 3 rue Aristide Briand