« Tu as un cul qui attire la main ! »

Il y a plusieurs années maintenant, je travaillais en tant que collaboratrice dans le cabinet d’un Maire.

Le photocopieur se trouvait dans un local assez étroit qui servait aussi de couloir de desserte pour plusieurs bureaux.

Passant derrière moi qui était en train de photocopier des documents, un Directeur de service (qui avait l’âge de mon père) revient sur ses pas et me dit : « Petite, tu as un cul qui attire la main » (sans toutefois joindre le geste à la parole).

J’étais toute jeune, mais pas la langue à la poche.

Je me suis retournée et je lui ai dit : « et toi, c’est ta gueule qui attire la main » …

ma collègue plus âgée qui avait son bureau juste à côté a éclaté d’un rire tonitruant.

le directeur en question est parti sans demander son reste et n’a jamais plus fait de réflexion de ce genre lorsqu’il venait me voir !

Mairie de 20 000 habitants

« Promotion canapé ? »

– « Belle et en plus intelligente, à ce poste c’est incroyable… promotion canapé ? avec qui ? »

Je ne réponds rien

– “J’aimerais bien sauter la réunion pour… vous avez compris ? ”

J’ai rétorqué : “non c’est impossible, la politique de la chaise vide n’est pas acceptable.”

– …ah ! on verra ça après alors” (sûr de lui en me tournant le dos et repartant fier de lui).

 

Réunion internationale en Afrique

 

 

 

Réunion internationale en Afrique

Jeune et jolie

jeune-et-jolie

Promue à de nouvelles fonctions à 25 ans au Sénat, je fais le tour des directeurs de service pour me présenter. Je rencontre l’un d’entre eux, la soixantaine, et lui dis « Bonjour Monsieur le Directeur ». Évidemment, il ne me répond pas en m’appelant par mon titre mais par mon prénom et ajoute « On m’avait dit que vous étiez aussi jeune que jolie, je ne pensais pas à ce point ».

Cela fait cinq ans que je regrette de ne pas avoir répondu « Paul* , on m’avait également dit la même chose de vous ».

Sénat

*Ndlr : Anonymisation par le collectif Chair collaboratrice.

« C’est toi pour le film de boules ? »

20 ans, jeune, pleine d’entrain et d’envies de réussir dans ce monde « d’hommes » je suis stagiaire « bénévole » à l’Assemblée nationale.

On me demande d’accueillir à 19h des gendarmes, dont certains haut placés à l’accueil pour les conduire au Bureau de mon Député.

L’un d’entre eux me dit, sans « Bonsoir » évidement- « C’est toi pour le film de boules ? ».

Prise de cours, je me suis dit « Allez ! envoie- le chier »!

J’ai tendu la main façon Chirac, et comme mon nom de famille est le même qu’un ministre en fonction à ce moment, j’ai dit « Bonsoir, Madame XX » en lui serrant la main avec autant de poigne que je le pouvais. Il a changé de tête.

 

Assemblée nationale

« Tu remarqueras que je ne dis rien … »

En deuxième année d’un cursus en sciences politiques après un cursus en classes préparatoires, je voulais découvrir les mécanismes politiques et administratifs à l’oeuvre dans une mairie. J’avais alors 19 ans à l’époque, et je travaillais avec le directeur de cabinet pour lancer une campagne de sensibilisation au bilan de mi-mandat du maire.

J’avais été présentée à tous les adjoints comme il est de coutume lorsque quelqu’un est intégré à une nouvelles équipe. J’avais été présentée par le directeur de cabinet à l’adjoint à la culture lorsque nous l’avions croisé par hasard dans le couloir. Après avoir été dévisagée et scrutée de la tête aux pieds par ce dernier (plus vieux, en surpoids, avec un oeil qui dit merde à l’autre), celui-ci se tourne vers le directeur de cabinet en lui lançant un libidineux « tu remarqueras que je ne dis rien »… « Et bien… ne dis rien alors… » lui a-t-il répondu.

Honteuse, je suis restée muette.

Plus tard en réunion, ce même adjoint s’est amusée d’avoir vu une femme qui avait trébuché au pied d’une attraction mise en place dans le centre de la ville, confessant qu’on « voyait bien ses cuisses » lorsqu’elle est tombée. Silence gêné et désapprobateur qui n’étouffe malheureusement pas son rire gras.

« Non mais tu comprends, il est un peu comme ça mais il a tellement fait pour la culture dans cette ville ». Ah…et pour l’égalité des genres du coup? Ce n’était pas un pilier de notre programme au fait?

En Mairie

« Je vais vous saouler ainsi je pourrai abuser de vous »

Un (très) vieux maire qui m’avait invité à déjeuner pour me remercier d’avoir accompagné un projet d’installation d’une boulangerie dans une petite commune, me signale lors du repas qu’il a culbuté plusieurs des femmes présentes dans le restaurant, précisant qu’elles n’y ont pas perdu au change, bénéficiant d’avantages certains… Il ajoute, « nous allons commander du vin. Je vais vous saouler ainsi je pourrai abuser de vous », amusé par sa propre blague.

Je lui réponds du tac au tac: « Ne vous inquiétez pas, nous n’avons encore rien bu et vous me saoulez déjà.  » il a ri jaune et c’est justifié en précisant que c’était de l’humour.

« Tu n’as pas idée de l’effet que tu fais aux hommes quand tu les abordes comme ça. »

aborderLe soir des résultats de la présidentielle, alors que mon parti sort victorieux et que de grandes fêtes s’organisent dans les départements de France en présence des élus locaux et des ténors fraîchement rassurés de prendre place dans leurs ministères promis respectivement, je bise avec joie mon mentor que je sais être promu, doublement ravie que cela présage la réélection de mon député employeur le mois suivant. A cela nous échangeons les politesses et félicitations de rigueur, tout sourire et en toute amitié.

C’est après cela, que je suis prise à partie par un proche de l’élu en question, à l’écart, et m’entends dire : « Tu ne devrais pas te comporter ainsi, tu n’as pas idée de l’effet que tu fais aux hommes quand tu les abordes comme cela. »

Il ne faudrait donc pas que je me plaigne s’il m’arrive quelque chose, semble-t-il sous-entendre.

Une mise en garde qui sonne des plus injustes.

En circonscription, au sein du siège local du parti

« Quand tu partiras, tu me feras une bonne pipe hein ? »

A l’époque, j’étais collaboratrice d’un élu dont le rayonnement local et national était déjà important, une nomination ministérielle pointait le bout de son nez. Lorsque celui-ci fut nommé, son absence a été comblée par l’hyper présence de son directeur de cabinet, également mon chef hiérarchique. Lors des réunions de cabinet, j’avais d’abord droit à des blagues sexistes, qui faisaient d’ailleurs rire les autres collaborateurs. Puis, après certaines réunions en soirée ou événements, les blagues sont montées d’un cran, et je devais désormais encaisser des phases telles que : « je suis certain que tu es un bon coup »  » je suis sur que tu suces bien » ou encore  » quand tu partiras, tu me feras un bonne pipe hein? ».

Comme le ton de ses propos étaient toujours sur le ton de la blague, je me suis d’abord demandée si c’est moi qui noircissais le tableau ou si j’avais perdu le sens de l’humour. Plus je résistais en répondant sèchement, et plus il m’isolait du reste des collaborateurs et de mon élu, arguant que je n’avais pas d’humour, que je ne savais pas collaborer ou que la qualité de mon travail déclinait fortement et qu’il était difficile pour lui de me remettre au travail. La réalité est que je n’avais plus le droit de consulter mon élu pour mes dossiers en charge sans passer par lui. Il me faisait refaire toutes mes notes et mes courriers plusieurs fois avant de les valider, me retirait les dossiers les plus intéressants à traiter. Je suis également persuadée qu’il fouillait dans mon bureau. Je ne dormais plus, je ne mangeais plus, je pleurais en allant travailler et en partant du travail, tout en essayant de garder la tête sur les épaules durant la journée. Un soir, il a essayé de s’inviter chez moi mais j’ai refusé catégoriquement. Cela a duré un peu plus d’un an, persuadée qu’au vu de mon caractère, j’allais en venir à bout. A bout de force, j’ai pris rendez-vous avec des syndicats, mais il se renseignait sur tout ce que je faisais, et quand il l’a appris, il m’informa que  » les collaborateurs politiques n’ont pas recours aux syndicats! » ce à quoi j’ai répondu qu' »avant d’être collaboratrice, je suis salariée et qu’en tant que salariée, le droit du travail s’applique également à moi ». Mais je déclinais moralement et surtout physiquement. Ma décision de partir s’est faite lors d’une soirée, il m’a touchée et tenté de m’embrasser. Après cela, j’ai su que je n’aurais jamais gain de cause et que la seule chance de m’en sortir était de partir.

J’ai négocié un départ après plusieurs années de bons et loyaux services auprès d’un élu que j’appréciais beaucoup mais que j’ai protégé d’un scandale par mon silence. Et puis, que vaut le poids de la parole d’une petite collaboratrice dans un tribunal ?! J’ai mis plus de deux ans à me reconstruire car on ne sort pas indemne d’un harcèlement moral et sexuel ni dans sa vie professionnelle, ni dans sa vie personnelle. Si je m’en suis sortie, c’est grâce à ma famille et la volonté forte de dépasser cette sale expérience. Néanmoins, il a emporté avec lui ma joie de vivre et une partie de ma confiance en moi.

En Mairie

Avec qui t’as couché ?

demarque

J’ai 29 et près de 7 ans d’expérience dans mon domaine ainsi qu’un bac+5. Après quelques années sans fonction de cadre j’ai été engagée comme Responsable d’une structure de 20 collaborateurs.

L’élue qui m’a engagée m’a demandé d’effectuer un tour de mes collaborateurs en entretien individuel. L’un deux après 5 minutes de présentation m’a demandé avec qui je couchais, devant mon air étonné il m’a dit qu’il s’attendait à ce que l’on engage l’autre personne candidat (un homme, moins diplômé, expérience égale, plus âgé), il m’a donc demandé, grand sourire avec qui j’avais couché pour me démarquer de l’autre candidat.

J’ai tapé du poing et lui ai répondu qu’à défaut d’avoir un pénis j’étais plus diplômée et que la prochaine fois c’était la porte.

Municipalité

Pour moi ce sera un bonjour sans câlin, merci !

Les collaborateurs ne sont pas non plus en reste avec les agissements sexistes.

Il y en a un en particulier qui a le don de t’angoisser, qui va t’envoyer des « pokes » sur Facebook et aimer toutes tes photos alors que vous n’êtes même pas amis. A chaque fois que je l’aperçois je baisse la tête ou je fais mine de ne pas le voir, tellement il me met mal à l’aise. Ses bonjours s’accompagnent toujours de petits regards lubriques, de clins d’œil ou de remarques très déplacées.

Une fois il m’a aperçue au loin en sortant de l’Assemblée, m’a attendue, et m’a attirée de force tout contre lui pour lui dire bonjour comme pour lui faire un câlin. J’ai eu un mouvement de recul immédiat. Ce à quoi il a répondu avec un clin d’œil « ben quoi t’as pas l’air en forme aujourd’hui ? ».

Assemblée Nationale