« Quand tu partiras, tu me feras une bonne pipe hein ? »

A l’époque, j’étais collaboratrice d’un élu dont le rayonnement local et national était déjà important, une nomination ministérielle pointait le bout de son nez. Lorsque celui-ci fut nommé, son absence a été comblée par l’hyper présence de son directeur de cabinet, également mon chef hiérarchique. Lors des réunions de cabinet, j’avais d’abord droit à des blagues sexistes, qui faisaient d’ailleurs rire les autres collaborateurs. Puis, après certaines réunions en soirée ou événements, les blagues sont montées d’un cran, et je devais désormais encaisser des phases telles que : « je suis certain que tu es un bon coup »  » je suis sur que tu suces bien » ou encore  » quand tu partiras, tu me feras un bonne pipe hein? ».

Comme le ton de ses propos étaient toujours sur le ton de la blague, je me suis d’abord demandée si c’est moi qui noircissais le tableau ou si j’avais perdu le sens de l’humour. Plus je résistais en répondant sèchement, et plus il m’isolait du reste des collaborateurs et de mon élu, arguant que je n’avais pas d’humour, que je ne savais pas collaborer ou que la qualité de mon travail déclinait fortement et qu’il était difficile pour lui de me remettre au travail. La réalité est que je n’avais plus le droit de consulter mon élu pour mes dossiers en charge sans passer par lui. Il me faisait refaire toutes mes notes et mes courriers plusieurs fois avant de les valider, me retirait les dossiers les plus intéressants à traiter. Je suis également persuadée qu’il fouillait dans mon bureau. Je ne dormais plus, je ne mangeais plus, je pleurais en allant travailler et en partant du travail, tout en essayant de garder la tête sur les épaules durant la journée. Un soir, il a essayé de s’inviter chez moi mais j’ai refusé catégoriquement. Cela a duré un peu plus d’un an, persuadée qu’au vu de mon caractère, j’allais en venir à bout. A bout de force, j’ai pris rendez-vous avec des syndicats, mais il se renseignait sur tout ce que je faisais, et quand il l’a appris, il m’informa que  » les collaborateurs politiques n’ont pas recours aux syndicats! » ce à quoi j’ai répondu qu' »avant d’être collaboratrice, je suis salariée et qu’en tant que salariée, le droit du travail s’applique également à moi ». Mais je déclinais moralement et surtout physiquement. Ma décision de partir s’est faite lors d’une soirée, il m’a touchée et tenté de m’embrasser. Après cela, j’ai su que je n’aurais jamais gain de cause et que la seule chance de m’en sortir était de partir.

J’ai négocié un départ après plusieurs années de bons et loyaux services auprès d’un élu que j’appréciais beaucoup mais que j’ai protégé d’un scandale par mon silence. Et puis, que vaut le poids de la parole d’une petite collaboratrice dans un tribunal ?! J’ai mis plus de deux ans à me reconstruire car on ne sort pas indemne d’un harcèlement moral et sexuel ni dans sa vie professionnelle, ni dans sa vie personnelle. Si je m’en suis sortie, c’est grâce à ma famille et la volonté forte de dépasser cette sale expérience. Néanmoins, il a emporté avec lui ma joie de vivre et une partie de ma confiance en moi.

En Mairie

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