« Tu n’as pas idée de l’effet que tu fais aux hommes quand tu les abordes comme ça. »

aborderLe soir des résultats de la présidentielle, alors que mon parti sort victorieux et que de grandes fêtes s’organisent dans les départements de France en présence des élus locaux et des ténors fraîchement rassurés de prendre place dans leurs ministères promis respectivement, je bise avec joie mon mentor que je sais être promu, doublement ravie que cela présage la réélection de mon député employeur le mois suivant. A cela nous échangeons les politesses et félicitations de rigueur, tout sourire et en toute amitié.

C’est après cela, que je suis prise à partie par un proche de l’élu en question, à l’écart, et m’entends dire : « Tu ne devrais pas te comporter ainsi, tu n’as pas idée de l’effet que tu fais aux hommes quand tu les abordes comme cela. »

Il ne faudrait donc pas que je me plaigne s’il m’arrive quelque chose, semble-t-il sous-entendre.

Une mise en garde qui sonne des plus injustes.

En circonscription, au sein du siège local du parti

« Quand tu partiras, tu me feras une bonne pipe hein ? »

A l’époque, j’étais collaboratrice d’un élu dont le rayonnement local et national était déjà important, une nomination ministérielle pointait le bout de son nez. Lorsque celui-ci fut nommé, son absence a été comblée par l’hyper présence de son directeur de cabinet, également mon chef hiérarchique. Lors des réunions de cabinet, j’avais d’abord droit à des blagues sexistes, qui faisaient d’ailleurs rire les autres collaborateurs. Puis, après certaines réunions en soirée ou événements, les blagues sont montées d’un cran, et je devais désormais encaisser des phases telles que : « je suis certain que tu es un bon coup »  » je suis sur que tu suces bien » ou encore  » quand tu partiras, tu me feras un bonne pipe hein? ».

Comme le ton de ses propos étaient toujours sur le ton de la blague, je me suis d’abord demandée si c’est moi qui noircissais le tableau ou si j’avais perdu le sens de l’humour. Plus je résistais en répondant sèchement, et plus il m’isolait du reste des collaborateurs et de mon élu, arguant que je n’avais pas d’humour, que je ne savais pas collaborer ou que la qualité de mon travail déclinait fortement et qu’il était difficile pour lui de me remettre au travail. La réalité est que je n’avais plus le droit de consulter mon élu pour mes dossiers en charge sans passer par lui. Il me faisait refaire toutes mes notes et mes courriers plusieurs fois avant de les valider, me retirait les dossiers les plus intéressants à traiter. Je suis également persuadée qu’il fouillait dans mon bureau. Je ne dormais plus, je ne mangeais plus, je pleurais en allant travailler et en partant du travail, tout en essayant de garder la tête sur les épaules durant la journée. Un soir, il a essayé de s’inviter chez moi mais j’ai refusé catégoriquement. Cela a duré un peu plus d’un an, persuadée qu’au vu de mon caractère, j’allais en venir à bout. A bout de force, j’ai pris rendez-vous avec des syndicats, mais il se renseignait sur tout ce que je faisais, et quand il l’a appris, il m’informa que  » les collaborateurs politiques n’ont pas recours aux syndicats! » ce à quoi j’ai répondu qu' »avant d’être collaboratrice, je suis salariée et qu’en tant que salariée, le droit du travail s’applique également à moi ». Mais je déclinais moralement et surtout physiquement. Ma décision de partir s’est faite lors d’une soirée, il m’a touchée et tenté de m’embrasser. Après cela, j’ai su que je n’aurais jamais gain de cause et que la seule chance de m’en sortir était de partir.

J’ai négocié un départ après plusieurs années de bons et loyaux services auprès d’un élu que j’appréciais beaucoup mais que j’ai protégé d’un scandale par mon silence. Et puis, que vaut le poids de la parole d’une petite collaboratrice dans un tribunal ?! J’ai mis plus de deux ans à me reconstruire car on ne sort pas indemne d’un harcèlement moral et sexuel ni dans sa vie professionnelle, ni dans sa vie personnelle. Si je m’en suis sortie, c’est grâce à ma famille et la volonté forte de dépasser cette sale expérience. Néanmoins, il a emporté avec lui ma joie de vivre et une partie de ma confiance en moi.

En Mairie

Avec qui t’as couché ?

demarque

J’ai 29 et près de 7 ans d’expérience dans mon domaine ainsi qu’un bac+5. Après quelques années sans fonction de cadre j’ai été engagée comme Responsable d’une structure de 20 collaborateurs.

L’élue qui m’a engagée m’a demandé d’effectuer un tour de mes collaborateurs en entretien individuel. L’un deux après 5 minutes de présentation m’a demandé avec qui je couchais, devant mon air étonné il m’a dit qu’il s’attendait à ce que l’on engage l’autre personne candidat (un homme, moins diplômé, expérience égale, plus âgé), il m’a donc demandé, grand sourire avec qui j’avais couché pour me démarquer de l’autre candidat.

J’ai tapé du poing et lui ai répondu qu’à défaut d’avoir un pénis j’étais plus diplômée et que la prochaine fois c’était la porte.

Municipalité

Pour moi ce sera un bonjour sans câlin, merci !

Les collaborateurs ne sont pas non plus en reste avec les agissements sexistes.

Il y en a un en particulier qui a le don de t’angoisser, qui va t’envoyer des « pokes » sur Facebook et aimer toutes tes photos alors que vous n’êtes même pas amis. A chaque fois que je l’aperçois je baisse la tête ou je fais mine de ne pas le voir, tellement il me met mal à l’aise. Ses bonjours s’accompagnent toujours de petits regards lubriques, de clins d’œil ou de remarques très déplacées.

Une fois il m’a aperçue au loin en sortant de l’Assemblée, m’a attendue, et m’a attirée de force tout contre lui pour lui dire bonjour comme pour lui faire un câlin. J’ai eu un mouvement de recul immédiat. Ce à quoi il a répondu avec un clin d’œil « ben quoi t’as pas l’air en forme aujourd’hui ? ».

Assemblée Nationale

Au nom des Margot

Première réunion, présentation au groupe.

Je porte un prénom qui est également celui d’une demoiselle dans une chanson paillarde. Et « évidemment »

« Ah, enchantée ! » suivit de « Quand Margot dégrafait son corsa-ageuh, pour donner la gougoutte à son chat … ! »

Rire de plusieurs, et petite tape sur l’épaule et un « ça va aller, ils sont sympathiques ».

(Oui, enfin, moi, j’aurai pas vraiment dit ça …)

Sénat

Taille classique

Je raconte à un collègue que j’ai testé un bar qui vient d’ouvrir la veille, il me dit qu’il a entendu parler de ce bar et qu’apparemment c’est immense, je lui dis que c’est plutôt un bar de « taille classique », sur ce un autre collègue arrive et m’entend, il nous lance un regard lourd de sous entendus et nous demande avec un air faussement choqué de quoi nous parlons, puis il nous dit ravi que « ce n’est pas la taille qui compte », que « cela peut être très bien même si la taille est classique ». Au lieu de lui dire que ce n’était pas très malin et assez lourd, j’ai rigolé avec lui …

Bercy

« Comment peut-on écouter un exposé si compliqué, dit avec de si beaux yeux »

Lors d’un entretien en vue d’un licenciement, alors que je mettais en avant mes diplômes, regard à l’appui de la présidente: « on devine comment vous les avez eus! »

Après le licenciement annulé, nouveau boulot, nouveau directeur. J’expose un point de droit public particulièrement ardu. Le directeur général des services de ce gros département francilien me regarde goguenard: « comment peut-on écouter un exposé si compliqué, dit avec de si beaux yeux »…

Je jure de me venger, ce qui arrive 2 ans plus tard: concert de musique de la renaissance donné à l’occasion des vœux au personnel. Le directeur: me ferez vous l’honneur de cette danse? et moi bien fort devant 200 personnes : non la suivante c’est une branle!

J’étais attaché territorial avec interdiction de féminiser ce « titre »! Du coup, je signais: responsable juridique!

Quand je suis devenue Avocate: même topo, pas le droit de féminiser la profession « car sous la robe, il n’y a pas de sexe » dixit le Bâtonnier: chiche, allons voir cela dans votre bureau… cela lui a coupé …la chique

Enfin devenue sénatrice, rebelote : j’étais souvent « monsieur le Sénateur » et souvent la seule femme dans les réunions dites techniques.

Allez les filles la victoire est au bout de notre volonté

Conseil départemental, barreau, Sénat

« Pardon ma petite … »

ma-petite

Représenter son parlementaire lors des événements officiels est une activité sympathique et divertissante après une longue journée de labeur administratif.

C’est lors d’un cocktail en Préfecture, avec des élus, hauts fonctionnaires et personnalités locales, que j’ai vécu une gêne des plus profondes.

Alors que les gens se bousculaient pour arriver au buffet et attraper leur flûte de champagne, je prenais le temps de discuter avec un colonel de gendarmerie d’affaires locales. Je sentis alors, dans mon dos, deux grosses paluches pleines d’assurance m’empoigner par les hanches fermement pour me demander de me pousser sous couvert d’un « pardon, ma petite ». Je ne connaissais pas cet homme portant fièrement sa légion d’honneur sur son blazer.

Mon visage s’est décomposé, j’ai sursauté et suis restée bêtement bouche bée. Une gêne générale s’est faite ressentir mais la peur de me donner en spectacle en réagissant a pris le dessus. Je le regrette à présent.

 

En préfecture