« Comment peut-on écouter un exposé si compliqué, dit avec de si beaux yeux »

Lors d’un entretien en vue d’un licenciement, alors que je mettais en avant mes diplômes, regard à l’appui de la présidente: « on devine comment vous les avez eus! »

Après le licenciement annulé, nouveau boulot, nouveau directeur. J’expose un point de droit public particulièrement ardu. Le directeur général des services de ce gros département francilien me regarde goguenard: « comment peut-on écouter un exposé si compliqué, dit avec de si beaux yeux »…

Je jure de me venger, ce qui arrive 2 ans plus tard: concert de musique de la renaissance donné à l’occasion des vœux au personnel. Le directeur: me ferez vous l’honneur de cette danse? et moi bien fort devant 200 personnes : non la suivante c’est une branle!

J’étais attaché territorial avec interdiction de féminiser ce « titre »! Du coup, je signais: responsable juridique!

Quand je suis devenue Avocate: même topo, pas le droit de féminiser la profession « car sous la robe, il n’y a pas de sexe » dixit le Bâtonnier: chiche, allons voir cela dans votre bureau… cela lui a coupé …la chique

Enfin devenue sénatrice, rebelote : j’étais souvent « monsieur le Sénateur » et souvent la seule femme dans les réunions dites techniques.

Allez les filles la victoire est au bout de notre volonté

Conseil départemental, barreau, Sénat

« Pardon ma petite … »

ma-petite

Représenter son parlementaire lors des événements officiels est une activité sympathique et divertissante après une longue journée de labeur administratif.

C’est lors d’un cocktail en Préfecture, avec des élus, hauts fonctionnaires et personnalités locales, que j’ai vécu une gêne des plus profondes.

Alors que les gens se bousculaient pour arriver au buffet et attraper leur flûte de champagne, je prenais le temps de discuter avec un colonel de gendarmerie d’affaires locales. Je sentis alors, dans mon dos, deux grosses paluches pleines d’assurance m’empoigner par les hanches fermement pour me demander de me pousser sous couvert d’un « pardon, ma petite ». Je ne connaissais pas cet homme portant fièrement sa légion d’honneur sur son blazer.

Mon visage s’est décomposé, j’ai sursauté et suis restée bêtement bouche bée. Une gêne générale s’est faite ressentir mais la peur de me donner en spectacle en réagissant a pris le dessus. Je le regrette à présent.

 

En préfecture

Porte manteau des élus

manteau

Un homme politique, aujourd’hui de premier plan, arrive en visiteur au siège du parti.

Monte l’escalier.

A l ‘étage, avise une jeune femme. Il enlève son manteau et le lui jette à distance, comme si elle était un porte-manteau. Elle n’a eu que le temps de le rattraper, par réflexe.

J’étais stupéfaite par son geste et celui de la jeune femme, habituée à être traitée ainsi par la plupart des hommes politiques…

Un parti politique

« Vous avez les yeux d’un bleu … impénétrable »

En 2014, j’ai été élue conseillère municipale de ma ville, dans la majorité, à seulement 23 ans et en parallèle de mon boulot de collaboratrice dans une autre collectivité. Une ville avec une Maire femme, quarantenaire et féministe qui a fait le tri qui s’imposait lors du précédent mandat…

Mais pas dans l’opposition.

Premier conseil municipal, je remarque sur moi le regard insistant d’un membre du public, ancien chef de l’opposition municipale. Après le conseil, alors que je me retrouve seule entre 2 rangées de portes battantes pour accéder au pot de bienvenue des nouveaux élus, il s’accroche à mon bras.

– Nous n’avons pas été présentés, mademoiselle.

Il me serre la main et ne la lâche plus, pose son autre main sous mon coude, me tenant fermement. Je me présente en reculant contre le mur. Je veux partir, mais il continue à parler.

– Vous avez des yeux d’un bleu… impénétrable.

– Impénétrable oui. Vous avez bien saisi le concept.

Je profite de son choc face à ma répartie pour retirer mon bras, alors que l’une de ses collègues de l’opposition vient d’apparaître et rit de ma « blague ».

En Mairie

Tout est bon dans le cochon

Je suis en déplacement en Afrique avec un élu communal (qui pourrait devenir maire d’une commune de 15 000 habitants).
Mes collègues et partenaires m’ont bien prévenue avant : « bichonne ton élu pour qu’il ait envie de s’investir dans ce dossier et qu’il soit le moins dégouté par les conditions d’accueil ». Je suis la seule femme de la mission. Tout repose sur mes épaules (logistique, animation des réunions). Partie malade et affaiblie par la chaleur insupportable, je m’impose la mission d’être « agréable » avec lui et supporte poliment (« bichonne ton élu / bichonne ton élu / bichonne ton élu ! ») pendant 10 jours la promiscuité et ses phrases misogynes ou racistes. Souvent les deux à la fois. Deux à trois par jour en moyenne. Et une bonne douzaine le dernier jour, où je me retrouve seule avec lui avant de prendre l’avion du retour. Quand je subis une conversation sur ces expériences de sites pornos extrêmes, je réoriente poliment la conversation sur la traite des femmes et notamment la prostitution. Par exemple, celle des jeunes étudiantes qui se prostituent pour financer les études. Ce à quoi il réplique fièrement « heureusement qu’il y a des jeunes qui se prostituent pour que des gros cochons comme moi en profitent ! ». Une phrase parmi tant d’autres du même genre : « l’hôtesse de l’air, la blondasse, a une mine réjouie ; à mon avis elle vient de se faire sauter par un collègue », ou « tu peux montrer tes seins comme les filles du pays, ça ne va pas nous gêner ! », ou « je n’ai pas peur des araignées ; heureusement car ma femme ne porte pas de culotte quand elle dort »… Dans l’histoire, j’ai eu la chance de recevoir le soutien sans faille de tous mes collègues informés des faits. Aucun n’a minimisé la situation, ni excusé son attitude, ni supposé que j’avais ma part de responsabilité à ne pas avoir osé le remettre à sa place …
Bien sûr, je m’en suis voulue de ne pas avoir répliqué, moi qui ai pourtant beaucoup de répartie. J’avais peur qu’en répliquant, je montre mon talon d’Achille et qu’on me « taquine » en me racontant des histoires salaces tout du long du voyage.

En déplacement en Afrique

Soyez « gentille » avec le Président, il sera reconnaissant

En vol, un des conseillers d’un ancien Président de la République* m’indique que je suis du goût du Président, et que, une fois arrivés, ma « gentillesse » sera payante … Je l’ai écouté me parler durant 7h. Sur place j’ai évité volontairement ces deux personnages, occupée de façon besogneuse.

Dans un avion

*Ndlr : Anonymisation par le collectif Chair collaboratice.

« si j’avais eu 10 ans de moins, je me serais occupé de toi… »

Jeune de 19 ans, en remplacement à l’accueil d’une collectivité, deux élus (retraités) s’arrêtent et me disent que « ça fait plaisir d’avoir le droit à un beau sourire en arrivant », et l’un enchaîne que « si j’avais eu 10 ans de moins, je me serais occupé de toi…  »

Me voyant mal à l’aise, l’autre élu le corrige : « Mais non elle est toute jeune et tu es vieux, il t’aurait fallu 20 ans de moins voyons! » avec un clin d’œil en ma direction. -_- trop jeune et précaire pour répondre, mais dix ans après je le regrette.

Collectivité locale

En apesanteur

 

Dans l’ascenseur de l’Assemblée, nous sommes 3 collaboratrices et un collaborateur. Un député monte avec nous et lance à notre collègue : « Vous ne pensiez pas rester seul avec ces demoiselles n’est ce pas ? » accompagné d’un rire gras.

Ravies d’être considérées comme des meubles décoratifs de l’ascenseur.

Assemblée Nationale

« Il est juste tactile »

 

 

tactile.pngPendant plusieurs mois j’ai été harcelée par un collègue de travail. Je lui ai trop poliment demandé d’arrêter. Cela a été mon tort. Peu à peu la pression s’est faite, geste de plus en plus osés, menaces aussi de venir à mon domicile.

Lorsque j’ai craqué, je l’ai fait par des mails, toute une nuit, je n’arrivais plus à dormir trop angoissée, je savais qu’il lisait ses mails professionnels sur son smartphone et il m’a répondu. J’ai même eu un mail d’excuses. Le lendemain j’en ai parlé à mes responsables (deux hommes et une femme). Lui il est allé dire que j’étais mythomane mais son mail je l’ai imprimé, c’est une preuve. Ma responsable femme est dans le doute, le défend. Les deux hommes en ont ri : « mais tu le connais il est tactile »

Aubagne